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mercredi 21 janvier 2015

Interviewé ce soir sur la radio suisse au sujet des PNR

J'ai été interviewé ce soir, mercredi 21 janvier 2015, au cours de l'émission d'actualité Forum de la radio suisse, au sujet des PNR, ces fichiers des compagnies aériennes que l'Europe voudrait réquisitionner dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.

Vous pouvez réécouter cette émission en podcast :


J'interviens 16 mn 44 s après le début de l'émission.


Dans mon livre Tous Fichés (éditions Télémaque), je retrace toutes les tentatives du gouvernement américain d'utiliser les nouvelles technologies pour déjouer les attentats terroristes. C'est ainsi que depuis les attentats du 11 septembre 2001, les agences de renseignement américaines ont accès aux PNR (fichiers des passagers) des compagnies aériennes desservant ou survolant les Etats-Unis : elles confrontent ces informations avec d'autres données en leur possession pour tenter de déceler des terroristes voulant entrer sur le territoire américain. L'utilisation de ces fichiers commerciaux à des fins sécuritaires peut cependant constituer une menace pour les libertés individuelles. Le Parlement européen a jusqu'ici bloqué l'utilisation des PNR en Europe à des fins de surveillance.

mardi 8 juillet 2014

Pourquoi il faut apprendre aux enfants à bien paramétrer Facebook : demain, ce seront les données des autres qu'ils ne respecteront pas

Devenus adultes, les ados d'aujourd'hui - la génération numérique - travailleront peut-être dans l’analyse des données, un métier en plein essor. Si nous ne les aidons pas, maintenant, à faire respecter, sur Facebook, leur intimité et à respecter celle de leurs amis, ils risquent fort de ne pas acquérir de bons réflexes en termes de défense de la vie privée. Et de conserver ces comportements dans leur travail, où ils seront justement conduits à manipuler des données personnelles. Les conséquences pourraient être catastrophiques sur les libertés individuelles.







Adam D. I. Kramer, Jamie E. Guillory et Jeffrey T. Hancock - photos extraites de leurs profils Facebook ou Linkedin


Trois brillants trentenaires américains, Adam D. I. Kramer, «data scientist» (data scientifique ou chargé de modélisation des données) au service « Recherche » de Facebook, Jamie E. Guillory, chercheuse postdoctorale à l’université de San Francisco, et Jeffrey T. Hancock, professeur à l’université Cornell (Ithaca, état de New York), ont publié le 17 juin 2014 une étude intitulée « Preuve expérimentale de contagion émotionnelle à grande échelle par l’intermédiaire des réseaux sociaux » (« Experimental evidence of massive-scale emotional contagion through social networks »).

Ces trois titulaires d’un doctorat (en communication pour la jeune femme et en psychologie pour ses deux collègues) y affirment avoir modifié les contenus vus par 689 003 utilisateurs, consultant Facebook en anglais, du 11 au 18 janvier 2012 ; ils voulaient prouver que plus un internaute voyait de messages négatifs sur ce réseau, plus il aurait tendance à publier lui-même des messages négatifs ; inversement avec les messages positifs.

Les résultats de ce travail doivent être relativisés, puisque seulement 0,1% à 0,07% des internautes auraient modifié leur comportement. Mais sa révélation a, fort justement, suscité un tollé dans le monde entier : certes Facebook n’a rien à se reprocher sur le plan légal (1), mais avait-il le droit moral de manipuler ses utilisateurs ?

Voilà trois jeunes gens bardés de diplômes qui n’ont pas réfléchi aux conséquences de leurs agissements. Comment le pourraient-ils ? Voilà des années qu’ils dévoilent leur vie sur les réseaux sociaux : Jeffrey T. Hancock et Jamie E. Guillory utilisent Facebook depuis 2004, et Adam D. I. Kramer, depuis 2007.

Ils pourraient servir de cobayes pour une étude validant la prophétie que Mark Zuckberg, le fondateur de Facebook, fit en 2010 : « la vie privée n’est plus une norme sociale.» Comment des jeunes gens, à qui ce réseau social a fait perdre la notion même de vie privée, pour eux, mais aussi pour les autres - ce qui leur a donc fait ôter une grande partie de ce qui constitue le respect d’autrui-, pourraient-ils avoir des remords en manipulant les informations envoyées à des internautes ?

Voilà bien ce qui risque d’arriver si nous n’ouvrons pas les yeux de nos adolescents sur le modèle économique des sites Internet gratuits comme les réseaux sociaux (ils revendent nos données à des entreprises, sous formes de publicité) et si nous ne les sensibilisons pas au respect de la vie privée, entre autres en leur montrant comment paramétrer correctement leur profil Facebook : devenus adultes, s’ils travaillent sur des données personnelles, ils risquent de ne pas les estimer à leur juste valeur.

Or, ces données sont aussi précieuses que les êtres humains qu’elles représentent, puisqu’elles en constituent le « double numérique ».

Il est donc urgent de former les jeunes au respect des données : nombre d’entre eux vont devenir data scientist, comme Adam D. I. Kramer. On estime à un million le nombre de spécialistes de cette science qu’il va falloir former au cours des dix prochaines années dans le monde.

Nous vivons une « datafication (2) » de nos sociétés : bientôt tous les êtres humains, tous les objets produiront des données, par l’intermédiaire des capteurs dont ils seront équipés (un smartphone, par exemple, contient plusieurs capteurs permettant de suivre son propriétaire quasiment à la trace).

Schématiquement, on peut dire que l’analyse de cette quantité d’informations incroyables à laquelle l’humanité a désormais accès, constitue ce que l’on appelle le « Big Data » ; l’objectif du « Big Data » étant de trouver, au sein de ces données, des corrélations (des règles), qui vont expliquer des phénomènes jusqu’ici mystérieux. Puis de s’en servir pour réaliser des prédictions : quel traitement va le mieux marcher sur tel malade ? quelle pièce sur tel modèle d’avion assemblé telle année dans telle usine présente un risque de « casser » ? ou qui a le plus de chance de voter pour tel candidat (3) ?

Voici ce qu’a répondu Stéphane Mallat, 50 ans, mathématicien, professeur à l'Ecole Normale Supérieure de Paris, lorsque j’ai demandé si les scientifiques n’avaient pas l’impression, avec le Big Data, de jouer avec le feu :«[…] un outil scientifique, on le sait très bien, on peut l'utiliser à des objectifs qui peuvent être complètement différents. Une roue, ça peut servir à faire un char de guerre tout comme à transporter de la nourriture. C'est absolument clair que les outils de Big Data peuvent avoir des effets nocifs de surveillance et il faut pouvoir le contrôler, donc là, c'est à la société d'établir des règles et surtout d'abord de comprendre la puissance pour pouvoir adapter la législation, les règles à l'éthique. A partir de là, en même temps, il faut bien réaliser qu'avec ces outils, on est capable de potentiellement considérablement améliorer la médecine, notamment en définissant des cures qui ne sont plus adaptées à un groupe de population, mais à une personne en fonction de son génome de son mode de vie.[…] Donc ce que je pense, c'est que c'est un outil extraordinairement riche et ensuite, c'est à nous tous en termes de société de s'assurer qu'il est utilisé à bon escient. (4) »

Commençons par éduquer nos ados - la génération numérique - au respect de leur propre vie privée.

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(1)  La Politique d’utilisation des données de Facebook précise « […] nous pouvons utiliser les informations que nous recevons à votre sujet : […] pour des opérations internes, dont le dépannage, l’analyse de données, les tests, la recherche et l’amélioration des services.»
(2) Victor Mayer-Schönberger, Kenneth Cukier, « Big Data A revolution that will transform how we live, work and think», Hougthon Mifflin Harcourt, Boston New York,  2013 p. 15
(3) voir mon livre  « Silicon Valley / Prédateurs Vallée ? Comment Apple, Facebook, Google et les autres s’emparent de nos données »
(4) le phénomène Big Data, Les fondamentales (CNRS), La Sorbonne, 15 novembre 2013, à réécouter sur http://wikiradio.cnrs.fr/channel/1_CNRS_Canal_1#podcast (je pose ma question 1H05 après le début du débat).

lundi 26 mai 2014

Notre double numérique, véritable enjeu du « droit à l'oubli »

La Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) a rendu le 13 mai dernier une décision sur le « droit à l'oubli » : les moteurs de recherche comme Google devront répondre favorablement aux internautes qui souhaiteraient faire effacer des informations sur eux apparaissant sur des sites Web. Malheureusement, cette décision ne constitue qu'une première étape dans la défense de la vie privée. Au-delà des serveurs Internet qui révèlent des informations sur nous, il y a bien plus important à protéger : notre double numérique.
Quelque part dans le monde, à chaque instant, se créent des «doubles numériques» de nous-mêmes, à partir d’informations collectées sur Internet et/ou puisées dans des fichiers existants, contenant des informations parcellaires ou complètes, vraies ou fausses, actualisées ou anciennes, et pouvant être utilisés à des fins commerciales, policières, politiques ou d’espionnage économique.
Jacques Perriault a proposé dès 2003 «la notion de “double numérique” pour caractériser l’ensemble des données que les systèmes d’information recueillent stockent et traitent pour chaque individu [1]». Nous avons utilisé l'expression « double numérique » pour la première fois début 2006, pour parler des fichiers et des fichiers résultant des croisements de fichiers constitués à partir d’informations volontairement communiquées par les internautes-consommateurs-citoyens, mais aussi à partir d’informations collectées à l’insu de ces acteurs. Pour nous, un double numérique n’est donc pas constitué des traces que nous laissons, mais de l’interprétation (la transformation de l’information en savoir ou supposé tel) de ces traces.
Par exemple, lorsque l’utilisateur d’un “capteur de données” (comme le réseau social Facebook) crée son compte chez ce “capteur”, puis s’y connecte, il fournit à ce “capteur” : prénom, nom, date et lieu de naissance, centres d’intérêt, liste d’amis, date et heure de connexion, actualisation de son statut, photos publiées, clics sur des publicités, pages Web visitées contenant une “émanation” du capteur (bouton «J’aime» de Facebook), etc.
Le double numérique de cet utilisateur, compilé par le “capteur de données” (comme Facebook) pour un “marchand de données” (dans notre exemple les propres services commerciaux de Facebook), est souvent constitué d’une liste de centres d’intérêts déduits des données collectées. Cette liste de centre d'intérêts va permettre de classer cet individu dans tel ou tel profil publicitaire (cf. le concept de «database of intentions» de John Battelle [2]) :
Voici, par exemple, le double numérique, compilé par Facebook, d’une lycéenne de 17 ans [3], autrement dit les centres d'intérêts de cette jeune fille, en tout cas ce qu'en perçoit le réseau social :
Sujets publicitaires
  • #Venus
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La fin de la vie privée ? Enjeux sociétaux, économiques et légaux des doubles numériques.
Les doubles numériques :

• peuvent révéler des pans entiers de la vie privée des internautes-consommateurs-citoyens, y compris des données sensibles (sexualité, préférences politiques…). Sur l’interface que le “capteur/marchand de données” Facebook met à la disposition de ses annonceurs, il est possiblede cibler des internautes en fonction d’intérêts supposés pour des drogues illégales ou des pratiques sexuelles [4].
• échappent partiellement ou totalement à la simple connaissance et encore plus au contrôle des individus ainsi “profilés”. Même si les utilisateurs des plateformes de socialisation décident de cacher telle ou telle information à leurs contacts, l’ensemble des informations qu’ils publient reste accessible aux programmes de profilage de ces plateformes. Les doubles numériques rendent donc plausible l’hypothèse de la fin de la vie privée, contrairement à ce que soutiennent, par exemple, Antonio A. Casilli [5] ou Isabelle Falque-Pierrotin, la présidente de la CNIL (Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés) [6]. Si l’on retient comme définition de la vie privée, la possibilité de choisir les informations que l’on souhaite divulguer ou cacher à tels ou tels groupes de personnes [7], cette possibilité n’existe plus avec les doubles numériques.
• peuvent servir à influencer les comportements économiques ou politiques des individus, non seulement à travers des messages publicitaires, mais aussi en ne leur présentant que la partie d’un ensemble qui semble le mieux appropriée à leur double numérique, ce qui peut conduire à une distorsion de la perception de la réalité recherchée par l’utilisateur : le double numérique sert à nous montrer «ce qu’il pense que nous voulons voir [8]». Comment en sommes-nous arrivés à laisser des algorithmes décider de ce qui est bien pour nous ?
• constituent la première source de revenus de l’économie numérique [9]
• servent à surveiller les individus (concept de «dataveillance» de Roger Clarcke [10]) et alimentent une utopie de surveillance totale (projet américain TIA - Total Information Awareness - au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 [11]). Utopie que la NSA tente de rendre réelle, comme l'ont montré les révélations de l'ancien consultant de la NSA Edward Snowden. Or, cette utopie remet en cause un des droits de l’homme communs à la plupart des démocraties modernes : «Tout homme étant présumé innocent jusqu'à ce qu'il ait été déclaré coupable […] [12] » ; et le transforme en «Tout individu peut être surveillé et est donc présumé suspect»
De la nécessité d'une recherche sur les doubles numériques

Les doubles numériques méritent donc d'être étudiés à travers les prismes d'au moins sept thèmes :

• “double numérique” et concept : pourquoi "double" plutôt que "simple" dimension supplémentaire d'être au monde et d'existence ? En quoi y a t il "double" plutôt qu'une nouvelle modalité de description des logiques d'actions, de relations, etc.;

• double numérique et dispositifs sociaux-numériques : description des processus de traçabilité et de profilage des utilisateurs qui permettent la création de ces «doubles numériques» ;

• double numérique et représentation de l’identité : «Apparaît un individu réifié devenant une chose manipulable» [ 13]. Le double numérique constitue-il pour l’homme une tentative ultime et désespérée - faute de pouvoir comprendre l’autre, voire de devenir l’autre - d’enfermer cet autre dans  des espaces préconçus ? Quelles sont les conséquences de cette vision réductrice de l’homme (normalement, « […] la répétition la plus exacte, la plus stricte a pour corrélat le maximum de différence » [14]?) sur la doxa (« Ensemble des opinions communes aux membres d'une société et qui sont relatives à un comportement social ») des relations hommes-machines, machines-machines et éventuellement hommes-hommes ?

• double numérique et marchandisation des données : usages commerciaux, policiers et politiques qui peuvent être faits de ces doubles numériques et des abus que ces usages peuvent entraîner. Les doubles numériques, « dans le contexte de l’auto-constitution ontologique du client à partir de son commerce des objets et des services, de sa position dans l’espace-temps numérique à n dimensions, géolocalisé, et à partir de ses énoncés prescriptifs validés [15] » offrent de bien meilleures capacités de profilage que les cartes de paiement ou les cartes de fidélités.
• double numérique et influence : interactions entre les «doubles numériques» et les internautes-consommateurs-citoyens : influence des doubles numériques sur les internautes (en ne nous montrant que ce qu’ils pensent que nous voulons voir, les doubles numériques ne se donnent-ils pas raison ?) ; influence des internautes sur les doubles numériques (boucles d’apprentissage [16] mises au point par les doubles numériques pour améliorer le profilage des internautes en fonction des réactions de ces derniers aux propositions commerciales qui leur sont faites)

• double numérique et surveillance : remise en cause de la notion de vie privée ; remise en cause de la présomption d’innocence ; mais qui surveille qui ? « Avec la nouvelle donne technique, le contrôlé peut désormais avoir accès à des moyens de contrôle utilisés par le contrôleur. De surveillé, il peut devenir à son tour surveillant. [17] »
• double numérique et citoyenneté : perception des doubles numériques par les internautes-consommateurs-citoyens ; éducation des internautes-consommateurs-citoyens à la perception et à la défense de leurs doubles-numériques

• double numérique et propriété : comment reprendre le contrôle de nos données ? Certains experts militent pour un renforcement des législations existantes, d’autres pour un nouveau droit de la propriété des données ou pour de nouvelles technologies [18].



Conclusion
Dans un contexte de dissémination générale des nouvelles technologies, les doubles numériques remettent en cause les notions mêmes de vies privée, citoyenne et politique. Ils constituent donc un enjeu sociétal majeur dans les sociétés numériques et imposent de bousculer «les cloisonnements disciplinaires, en ouvrant de nouvelles voies de recherche, mais aussi en accompagnant de nouvelles formes d’expérimentation sociales, territoriales, éducatives ou cognitives [19] »
Bibliographie

[1] Perriault Jacques, 2009, «Traces numériques personnelles, incertitude et lien social», Traçabilité et réseaux, Hermès 53, CNRS Editions, avril 2009, Paris, p. 15.
[3] Pour connaître la procédure qui  permet d'obtenir la liste des catégories dans lesquelles Facebook range chacun d'entre nous, voir  http://tousfiches.com/2013/01/comment-savoir-dans-quelles-categories.html
[5] Casilli A. A. 2013, «Contre l'hypothèse de la « fin de la vie privée », La négociation de la privacy dans les médias sociaux, Revue Française des Sciences de l’Information et de la Communication N°3, 2013, http://rfsic.revues.org/630
[7] Nippert-Eng, Christina. 2010, Islands of Privacy, University of Chicago Press, Chicago, octobre, 416 pages
[8] Eli Pariser, 2011, The Filter Bubble: What the Internet Is Hiding from You, Penguin Press, New York
[9]voir, entre autres, Lafrance J.-P., 2013, «L’économie numérique : la réalité derrière le miracle des NTIC, Revue Française des Sciences de l’Information et de la Communication N°3, http://rfsic.revues.org/639
[11] Mattelart Armand, 2008, La globalisation de la surveillance, La Découverte, Paris, p. 173
[12] extrait de l’article 9 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 ; http://www.legifrance.gouv.fr/Droit-francais/Constitution/Declaration-des-Droits-de-l-Homme-et-du-Citoyen-de-1789
[13] Franck Renucci, Benoît Le Blanc et Samuel Lepastier, 2014, «Introduction générale», L'Autre n'est pas une donnée, Hermès 68, CNRS Editions, avril 2014, Paris, p. 12.
[14] Deleuze Gilles, 1968, Différence et répétition, PUF, Paris, p. 5
[15] Noyer Jean-Max, 2013, « Les vertiges de l’hyper-marketing : Data Mining et production sémiotique », Les débats du numériques, Presse des Mines, Paris, p. 61
[16] Argyris Chris, 1976, «Single-Loop and Double-Loop Models in Research on Decision Making», Administrative Science Quarterly, Vol. 21, No. 3, Johnson Graduate School of Management, Cornell University, Septembre, pp. 363-375 Accès internet : http://academic.udayton.edu/richardghere/igo%20ngo%20research/argyris.pdf
[17] Mattelart Armand, Vitalis André, 2014, Le profilage des populations - Du livret ouvrier au cybercontrôle, La Découverte, Paris, p. 205

[19] Maignien Yannick, 2013, «Quelles redistributions de pouvoirs autour des “automates sémantiques” ?», Les débats du numériques, Presse des Mines, Paris, p. 226

vendredi 9 août 2013

Invité hier du grand débat d'Europe 1 soir, consacré à Big Brother

J'ai participé hier, jeudi 8 août 2013, au grand débat d'Europe 1 soir consacré à «Big Brother est-il entré dans nos vies ? Nous restent-ils encore des coins de jardins secrets ?», aux côté de Jean-François Ruiz, spécialiste des réseaux sociaux, Edouard Geffray, secrétaire général de la Cnil, Bernard Lamon, avocat et Jean-Marc Manach, journaliste.


vendredi 14 juin 2013

Cette semaine, France Culture, France Info et France 5 m'ont invité pour parler du programme américain de surveillance électronique

• Mardi 11 juin, j'ai été l'invité du journal de 18H de Tara Schlegel, pour parler du scandale Prism, le système d'espionnage américain,  révélé par Edward Snowden ; vous pouvez réécouter mon intervention en suivant ce lien :
http://www.franceculture.fr/emission-journal-de-18h-l-europe-s-inquiete-du-programme-prism-2013-06-11

• Jeudi 13 juin, je suis intervenu pendant Les Choix de France Info, l'émission de Jean Leymarie, pour parler de nos «Données personnelles : quelles traces laissons-nous ?», à réécouter sur : 

http://www.franceinfo.fr/high-tech/les-choix-de-france-info/donnees-personnelles-quelles-traces-laissons-nous-1023355-2013-06-13

• Enfin, toujours, jeudi, j'étais sur le plateau de C Dans l'air, dont le thème était «Qui espionne qui ?»

http://www.france5.fr/c-dans-l-air/international/qui-espionne-qui-39118





mardi 11 juin 2013

Espionnage américain : les données qu'Apple, Facebook ou Google possèdent sur nous sont extrêmement indiscrètes

The Guardian et The Washington Post ont révélé que la NSA (National Security Agency), l'agence américaine chargée des écoutes électroniques, pouvait avoir directement accès aux serveurs d'Apple, Facebook, Google, Microsoft, Skype et autre Yahoo! pour espionner des citoyens du monde entier.

Pour se rendre compte à quel point les données archivées par ces géants de l'Internet révèlent tout de nous, y compris notre intimité, il suffit de créer une publicité sur Facebook.

Voici déjà plusieurs mois que j'ai constaté que Facebook permettait aux annonceurs de cibler des publicités en fonction de nos centres d'intérêt supposés pour certaines pratiques sexuelles ou certaines drogues illicites (lire l'épisode 1 : Les publicités Facebook ciblent nos préférences sexuelles ! ; l'épisode 2 avec l'avis de la CNIL et de son homologue irlandais ; l'épisode 3, avec la réponse officielle, mais décevante, de Facebook, ainsi qu'une interview de Benoit Dupont, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en sécurité, identité et technologie de l’Université de Montréal ; l'épisode 4 avec l'ultimatum que la CNIL irlandaise avait lancé à Facebook ; l'épisode 5 pour apprendre comment Facebook nous range dans telle ou telle catégorie pour nous afficher des publicités ciblées).

La saisie d'écran ci-dessous, réalisée ce matin même, prouve qu'il est toujours possible de concevoir une publicité sur Facebook ciblant les internautes en fonction de données sensibles.



dimanche 17 mars 2013

Demain à Paris pour une table-ronde «Donner ses données ou vendre sa vie ?»


Je participerai demain lundi 18 mars 2013 à une table-ronde «Donner ses données ou vendre sa vie ?», animée par Nicolas Arpagian (Rédacteur en Chef, Prospective Stratégique), devant un public composé d'auditeurs de la session nationale "Sécurité Economique" de l'INHESJ (Institut National des Hautes Etudes de la Sécurité et de la Justice http://www.inhesj.fr/fr), ainsi que de représentants de la « Génération Numérique », des étudiants de l'école d'ingénieurs EPITA.

Notre navigation quotidienne sur le Net génère des données de connexion. Et notre participation à des médias sociaux nous incite à laisser des traces numériques, largement exploitées par les gestionnaires de sites Internet. Au point de leur permettre de constituer des bases de données à l’échelle planétaire. Quelle est la véritable valeur de ses données personnelles ? Comment ces firmes multinationales ont-elles acquis en quelques années par la qualité de leurs services la puissance économique et technique autrefois réservées aux Etats ? Quel avenir pour la sphère privée dans un univers omniconnecté ? Sur Internet, sommes-nous devenus désormais le produit à vendre ?

Je serai aux côtés de :

• Benoît Tabaka, directeur affaires publiques, Google ;

• Gwendal Le Grand, Chef du service Expertise informatique, CNIL ;

• Alexandre Quintard-Kaigre, chargé de mission Affaires
publiques & juridiques, Mission Etalab – Service du Premier
ministre ;

• Marie Moin, Responsable des enseignements juridiques, EPITA.

Ecole Militaire - Amphithéâtre De Bourcet 1 place Joffre, 75007 Paris – M° Ecole Militaire

jeudi 24 janvier 2013

Comment s'emparent-ils de nos données ?




Je suis intervenu vendredi 25 janvier 2013 lors de l'"Université des Correspondants Informatique et Libertés" sur le thème : «Double Numérique : comment s'emparent-ils de nos données ?»
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Journaliste, spécialiste des nouvelles technologies, j'écris des livres sur deux sujets : l'impact des nouvelles technologies sur l'éducation de nos enfants (voir le site Nosenfants.fr) et l'impact des nouvelles technologies sur notre vie privée (voir Tousfiches.com).
En 2012, j'ai donné plus de cinquante conférences sur ces deux thèmes (voir Lesconfs.net).
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J'ai tout à fait conscience de l'énorme richesse que représente la masse incroyable d'informations que les hommes produisent. Plusieurs estimations existent. En voici une : chaque année, l'humanité publie sous forme numérique et donc sous une forme accessible, entre autres, sur Internet, une quantité d'informations qui est l'équivalent d'une colonne de DVD qui irait de la Terre à la Lune et retour. Cela fait des millions de DVD, avec sur chacun de ces DVD, l'équivalent des textes de 3 000 livres de 200 pages.
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L'humanité n'a jamais eu accès à une telle quantité d'informations et le travail de certains de nos enfants, dans quelques années, consistera à exploiter cette masse d'informations incroyable, afin de mettre au point des services qui faciliteront la vie des habitants de notre belle planère bleue.
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Je ne suis donc pas très inquiet lorsqu'un célèbre moteur de recherche utilise les mots-clés que nous utilisons pour prédire les épidémies de grippe avec trois jours d'avance sur les observatoires officiels de la grippe.

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Je ne suis pas trop inquiet, car ces donnés sont "anonymisées", même si l'on peut s'interroger sur l'efficacité des techniques d'anonymisation utilisées par ce célèbre moteur de recherche…

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Voici le genre d'informations que notre navigateur transmet à un moteur de recherche, lorsque nous effectuons une recherche sur Internet. Ici, une Américaine commence par se demander si elle est enceinte, puis si boire du soda «diet» (c'est-à-dire avec de l'aspartame à la place du sucre) est bon pour la santé ; elle se demande ensuite si elle attend des jumeaux, avant de rechercher des tests qui lui permettraient de savoir si elle attend un garçon ou une fille. Et ça se termine mal : elle recherche des informations sur comment divorcer pour pas cher !
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En revanche, je suis inquiet quand le même célèbre moteur de recherche modifie ses conditions d'utilisations pour créer une véritable usine à gaz qui lui permettra de nous suivre à la trace au cours de nos déplacements à travers les différents services qu'il propose. Son objectif ? Accumuler le maximum d'informations sur nous, afin de pouvoir, ensuite, nous afficher des publicités ciblées…
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Sans que nous en ayons pleinement conscience, se crée à côté de nous, ce que j'appelle un « double numérique »* de nous-mêmes, composé des traces que nous laissons sur Internet, mais aussi des différents fichiers que des entreprises, un peu partout dans le monde, possèdent sur nous. Nous ignorons jusqu’à l’existence même de ce « double numérique » et savons encore moins quelles utilisations en sont faites. Ce « double numérique » peut voyager partout grâce aux réseaux de communications modernes. Il peut être déjà prêt à l’emploi, stocké quelque part sur des serveurs. Ou être constitué, à la volée, en croisant en quelques centièmes de seconde des informations existant déjà sur nous et éparpillées dans d’autres fichiers.

* j'ai utilisé l'expression « Double Numérique » pour la première fois le samedi 7 janvier 2006, alors que j'étais invité de l’émission Parenthèse, de Laurence Luret, sur France Inter  
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On s’en doute, les utilisations commerciales de ce « double numérique » sont extrêmement nombreuses : estimer notre pouvoir d’achat, cerner nos centres d’intérêt, nous suggérer des achats, etc. Il constitue, par exemple, un outil parfait pour le yield management, l’optimisation du prix de vente, en jouant sur l’offre et la demande.

Mais il y a pire : le « double numérique » peut aussi servir à évaluer notre degré de dangerosité ou nos opinions politiques ! Saviez-vous que certains sites, sur lesquels nous nous apprêtons à utiliser notre carte bancaire pour régler un achat en ligne ou sur lesquels nous nous inscrivons pour la première fois pour vendre des objets, consultent notre « double numérique » pour calculer notre probabilité d’être un mauvais payeur ou un mauvais vendeur ? Paypal, le service de paiement en ligne, qui appartient à eBay, est ainsi capable en moins de trois secondes d’autoriser quelqu’un à se créer un compte chez lui. Ou à bloquer la transaction.

Le grand danger potentiel est bien sûr l’utilisation de notre « double numérique » à des fins politiques. Que se passerait-il si une entreprise collectait des informations sur nous sur Internet et les revendait à des partis politiques ou des syndicats ? C’est déjà le cas aux Etats-Unis…

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Connaissez-vous RapLeaf, une entreprise américaine qui affirme détenir des informations sur 80% des adresses e-mails américaines ?

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J'ai fait le test : RapLeaf affirme détenir des informations sur moi, citoyen français qui possède une adresse sur un webmail américain.
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Ces renseignements semblent approximatifs, puisque, je vous rassure, je n'ai pas encore 50 ans ;-))
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Voici toutes les catégories dans lesquelles RapLeaf affirme pouvoir nous ranger.

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Comment RapLeaf obtient-il toutes ces informations ? C'est très simple…
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Passons maintenant à Facebook. Avez-vous déjà essayé de créer une publicité sur Facebook ? Tout le monde peut le faire. Il suffit de cliquer sur le lien «Créer une publicité».

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Après avoir rédigé le texte de votre annonce, Facebook vous propose de choisir très précisément son audience.
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Et, là, oh surprise, vous vous apercevez que Facebook vous propose de cibler les internautes en fonction de leurs intérêts pour certaines pratiques sexuelles ou certaines drogues ! Vous trouverez tous les détails de l'utilisation de ces données sensibles sur mon blog Tous Fichés (lire l'épisode 1 : Les publicités Facebook ciblent nos préférences sexuelles ! ; l'épisode 2 avec l'avis de la CNIL et de son homologue irlandais ; l'épisode 3, avec la réponse officielle, mais décevante, de Facebook, ainsi qu'une interview de Benoit Dupont, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en sécurité, identité et technologie de l’Université de Montréal ; l'épisode 4 avec l'ultimatum que la CNIL irlandaise avait lancé à Facebook ; l'épisode 5 avec l'interview de Gary Davis, Commissaire Adjoint à la Protection des Données en Irlande, qui explique comment Facebook nous range dans telle ou telle catégorie pour nous afficher des publicités ciblées lorsque nous nous connectons à notre profil).

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Et, si, comme moi, vous souhaitez savoir dans quelle catégorie Facebook vous a rangé, vous trouverez la marche à suivre en cliquant ici.
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Facebook analyse en permanence tout ce que nous faisons et publions sur son site. Ce travail n'est pas exempt d'erreurs, comme le prouvent les archives sur les recherches que j'ai effectuées sur son site.
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Facebook peut également nous suivre à la trace en dehors de son réseau, grâce aux millions de boutons «J'aime » qui équipent des sites Web à travers le monde. Même si vous ne cliquez pas dessus !


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Conférences sur les nouvelles technologies


* j'ai utilisé l'expression « Double Numérique » pour la première fois le samedi 7 janvier 2006, alors que j'étais invité de l’émission Parenthèse, de Laurence Luret, sur France Inter